Les arbres dans l’histoire de la Macédoine
Publié le 30 Mai 2012
Ionnanis Ispikoudis et Kostas Manzanas, qui nous ont guidées et accompagnées dans la région de Thessalonique, ont accordé beaucoup d’importance à l’histoire des systèmes agroforestiers traditionnels qu’ils nous ont présentés. C’est toute la place de l’arbre dans l’agriculture et la vie quotidienne des macédoniens que nous avons découvertes. Les chercheurs nous ont expliqué comment retrouver les productions de chaque village dans la Macédoine centrale sous l’empire ottoman (jusqu’au début du XXème siècle), en fonction des arbres encore existants aujourd’hui. Dans les paysages agricoles et urbains que nous avons traversés, de nombreux arbres désormais isolés témoignent de systèmes variés.
A partir d’une image aérienne, d’une carte et de quelques connaissances de l’histoire de la région, la place de ces arbres témoins prend tout son sens. Les champs et villages étaient situés dans des zones de production spécifiques et organisés selon leurs priorités : production d’armes ? De nourriture ? De vêtements ? De bois ?

Carte des anciens systèmes agroforestiers de Thessaloniki. Fond : Google Earth
De la ville de Langadas jusqu’aux montagnes, on retrouve majoritairement des chênes et des hêtres. Ces arbres fournissaient à la fois du fourrage hivernal pour le bétail (vaches, chèvres et moutons) et du bois transformé en charbon. Leur bois était aussi utilisé pour la fabrication des machines nécessaires à la transformation du cuir et de la laine. Outre pour l’habillement des populations, la laine et le cuir étaient à destination de l’armée Ottomane siégeant à Lahanas. De plus chaque famille de la région devait fournir 150kg/an de fumier au gouvernement, afin de fabriquer le salpêtre (nitrate de potassium) nécessaire à la production de poudre à canon à Pentalofos.
Troupeau de chêvre paturant sous les chênes verts
Dans les montagnes de Vertiskos, on trouve des noyers, pommiers, et cerisiers sur les hauteurs. Les fruits et le bois alimentaient probablement les garnisons de Lahanas. Plus bas, la vigne poussait sous des ormes et des muriers à croissance rapide. Le vinaigre produit était à destination des mines d’or et d’argent du golf de Halkidiki, où il était utilisé pour ses vertus corrosives.
Près de Sohos, les légumes étaient produits en systèmes agroforestiers, sous des ormes, des amandiers et des noyers. Les noix et amandes, faciles à stocker et à transporter, pouvaient être acheminées par chevaux et mules jusqu’à la ligne ferroviaire. En association avec les noyers, on produisait aussi du sureau (dont la moelle était également utilisée pour la poudre à canon) et des céréales.
Céréales et noyers
En bordure nord du lac Volvi, on trouve toujours des forêts naturelles d’oliviers au dessus des villages. Elles sont traditionnellement ouvertes et pâturées, les fruits étant consommés par les animaux. Les chênes kermès présents à l'ouest peuvent être les témoins d’un ancien incendie car ils repoussent efficacement et sont pionniers dans la reconquête de l’espace détruit. Les forêts qu’ils recréent sont difficiles à pâturer, et les villages les utilisaient principalement pour le bois. Les peupliers au sud pouvaient être, et sont toujours, associés à la culture de céréales, de pois ou de fraises. Cette essence drainante a été implantée sur une ancienne zone de marais, asséchée par les turcs pour gagner des terres fertiles.
Peupliers et champs de pois
On peut observer que certaines associations traditionelles d'arbres et de cultures ont perduré. Mais leur importance est en déclin, et les savoirs associés peu à peu oubliés. C'est le message principal qu'on essayé de faire passer nos deux chercheurs.
« Le secteur agro-sylvo-pastoral a depuis longtemps modelé ces paysages, leur composition floristique et la structure des communautés végétales. Cet équilibre entretenu par l’homme entre les arbres, les arbustes, les herbages et l'élevage a beaucoup contribué à la diversité biologique et à l'attractivité des paysages grecs. C’est, sans aucun doute, l'un de ses principaux atouts pour les loisirs et le tourisme. Toutefois, dans les quarante dernières années, cet équilibre a été de plus en plus déformé par les changements radicaux dans l'utilisation des terres. » I. Ispikoudis